Auteurs : Blanche Dalimier, Charlotte Stalder.
Donner une seconde vie au PET difficile à recycler
Recycler le plastique, c’est faire d’un déchet une ressource capable de remplacer la matière vierge, sans pour autant déplacer les impacts environnementaux.
DePoly développe à l’échelle industrielle un procédé de recyclage chimique pensé pour les déchets de PET que les filières classiques ont du mal à traiter, comme certains flux souillés, colorés ou complexes. Grâce à une dépolymérisation activée par la lumière, le PET est décomposé en ses constituants de base, l’acide téréphtalique purifié (PTA) et le monoéthylène glycol (MEG). Ces monomères permettent de fabriquer du PET neuf, mais aussi toute une gamme de matériaux techniques et de spécialité.
Le potentiel est réel. Reste une question que pose toute technologie de recyclage prometteuse : récupérer de la matière, est-ce forcément bon pour l’environnement ?
Pour une entreprise qui s’apprête à passer d’une usine de démonstration de 500 tonnes à une usine commerciale de 50 000 tonnes, la question a aussi un enjeu économique. Investisseurs, clients et marques attendront des chiffres. Et pour les fournir, mesurer les émissions de carbone d’une seule étape du procédé ne suffit pas. Il faut analyser toute la chaîne de valeur, mettre à l’épreuve les hypothèses clés et prendre en compte d’autres impacts que le seul climat.
Au-delà du carbone
Avec Quantis, Earth Action a accompagné DePoly dans la réalisation d’une analyse du cycle de vie (ACV) de sa technologie. L’étude porte sur deux chaînes de valeur : des emballages en PET usagés transformés en nouvelles bouteilles, et des déchets textiles en polyester transformés en nouveau fil.
Contribution de DePoly : citation sur les raisons qui ont poussé DePoly à mener cette étude
« L’ACV fait partie intégrante de notre création de valeur. D’un point de vue chimique, nos monomères remplacent directement les monomères vierges, mais leur empreinte environnementale n’a rien à voir. Pouvoir démontrer et chiffrer ce bénéfice est essentiel pour nos clients comme pour nos investisseurs, et fonde en partie notre crédibilité. »
Dre Samantha Anderson, CEO et cofondatrice.
L’étude couvre 16 catégories d’impact selon la méthode européenne Environmental Footprint (EF 3.1). Cette approche multicritère permet de détecter les transferts de pollution qu’une analyse centrée sur le seul carbone risquerait de laisser passer, et donne une image plus complète du profil environnemental de la technologie.
L’analyse s’articule autour de deux questions complémentaires. D’une part, comment les matériaux recyclés de DePoly se comparent-ils à leurs équivalents vierges? D’autre part, quel est l’effet, pour l’environnement, du recyclage d’une tonne de PET difficile à recycler plutôt que de son traitement par une autre filière ? Cette double lecture permet de faire la part entre le bénéfice lié à la production de matière recyclée et celui lié aux déchets qui échappent à d’autres modes de traitement.
Un bénéfice climatique chiffré, et ce qui le détermine
Premier enseignement : le PET recyclé de DePoly présente un avantage climatique, même sans tenir compte des crédits de fin de vie.
Avec le mix électrique européen, une bouteille fabriquée à partir des monomères recyclés de DePoly a une empreinte carbone modélisée de 3,6 kg CO₂e/kg, contre 4,2 kg CO₂e/kg pour une bouteille en PET vierge. C’est environ 14% de moins, avant même de compter les bénéfices de fin de vie. Si l’on intègre les émissions évitées par rapport aux autres modes de traitement des déchets, ici l’incinération, l’empreinte modélisée tombe à 2,3 kg CO₂e/kg, soit environ 45% de moins que le PET vierge.
On observe la même tendance pour les monomères recyclés de DePoly : sans crédits, le PTA recyclé a déjà une empreinte plus faible que le PTA vierge, et la baisse est particulièrement nette pour le MEG recyclé. En résumé, les matériaux recyclés de DePoly permettent de réduire les émissions sans s’appuyer sur les crédits de fin de vie, dans une proportion qui varie selon le matériau et le scénario de gestion des déchets.
Des chiffres pour industrialiser en limitant les risques
Le bénéfice climatique se confirme au-delà de l’usine de démonstration. Dans une première usine commerciale modélisée en Europe, une bouteille issue de monomères recyclés a une empreinte carbone inférieure de 32% à celle d’une bouteille en PET vierge. C’est précisément ce qu’une entreprise doit savoir avant d’investir dans une usine cent fois plus grande que son site de démonstration. DePoly peut ainsi s’appuyer sur des chiffres, et non sur des hypothèses, pour répondre à trois questions : le bénéfice climatique tient-il sans crédits, quel rôle joue le choix du site, et quels points critiques peut-on éliminer dès la conception plutôt que de les corriger après coup? Marques et investisseurs disposent aussi d’une base revue par des experts pour leur reporting Scope 3 et leurs allégations environnementales.
Un point critique se corrige facilement sur le papier. Beaucoup moins une fois l’usine construite.
Une base solide pour décider
La crédibilité d’une ACV tient à la façon dont les questions sont posées, à la solidité des hypothèses et à la robustesse des conclusions face aux choix méthodologiques.
Le modèle a été construit avec DePoly, dont les apports ont orienté plusieurs hypothèses clés, notamment sur le recyclage textile et l’incinération de matières plastiques. Earth Action y a intégré ses données Plasteax sur les flux de déchets plastiques pour tenir compte des réalités régionales de leur gestion, et les retours du panel d’experts indépendants ont permis d’affiner l’approche. Plusieurs règles d’allocation ont par ailleurs été testées, et les résultats sont présentés avec et sans crédits, ce qui rend visible l’influence de ces choix méthodologiques.
Transparence et revue indépendante. L’étude a fait l’objet d’une revue critique selon la norme ISO 14044, menée par Roland Hischier (EMPA), Simon Hann (Eunomia) et Guy Castelan (Plastics Europe, à titre d’expert indépendant).
L’ensemble offre un cadre rigoureux pour interpréter les résultats, sans perdre de vue que la performance modélisée dépend des scénarios et des hypothèses retenus.
Prochaine étape : l’industrialisation
En juillet 2026, DePoly a inauguré son usine de démonstration à Monthey, en Suisse, d’une capacité nominale d’environ 500 tonnes de déchets par an. L’entreprise prévoit une première usine commerciale de 50 000 tonnes par an, dont l’implantation devrait être annoncée en 2027.
Les résultats de l’ACV serviront de point de référence pour évaluer les futures données d’exploitation. À mesure que la technologie se développera, les performances réelles permettront de vérifier les projections, de mieux comprendre les points critiques et de repérer de nouvelles pistes d’amélioration.
Pour Earth Action, tout l’intérêt de ce travail est de mettre l’évaluation environnementale au service des décisions industrielles. En combinant approche cycle de vie, hypothèses transparentes et analyse multicritère, l’ACV aide les innovateurs à savoir si une technologie est bénéfique pour l’environnement, mais aussi dans quelles conditions elle l’est le plus.
Évaluer l’impact environnemental d’une technologie prometteuse avant de l’industrialiser, c’est se donner les moyens de prendre de meilleures décisions.
Vous développez une technologie de recyclage ou un nouveau matériau et souhaitez en évaluer l’impact environnemental avant de changer d’échelle ? Contactez Earth Action à contact@e-a.earth ou rendez-vous sur e-a.earth.