Auteurs : Blanche Daliminer, Julien Boucher
Chez Earth Action, nous ne faisons pas de la durabilité pour la durabilité. Nous construisons des leviers de décision. L’étude que nous avons menée avec le consortium Watchmaking Ecodesign sur les lavages de composants en est l’illustration : un travail technique rigoureux qui s’est traduit, chez une Maison membre, par la révision d’un cahier des charges d’achat et un investissement réorienté. C’est exactement ce que l’éco-conception devrait produire — et le type de projet dont nous sommes fiers.
De la donnée scientifique à la décision d’achat
Une Maison du consortium a participé à l’étude sur plusieurs de ses sites. En accédant aux résultats et aux fiches d’éco-conception, ses équipes ont pu situer leur parc de machines face aux benchmarks du secteur. Le diagnostic a été immédiat : plusieurs équipements étaient surdimensionnés par rapport aux volumes réellement traités, avec un impact par kilogramme nettement supérieur à la moyenne.
Ces fiches ont alors servi de base directe à la révision du cahier des charges d’achat : type de machine, dimensionnement cible, critères de consommation électrique à exiger des fournisseurs. Des critères environnementaux quantifiés par l’ACV ont ainsi orienté concrètement l’investissement de la Maison dans de nouvelles machines de lavage. Pas une recommandation de principe : une décision d’achat, chiffrée et argumentée.
Ce passage de la science à la décision n’a été possible que parce que le travail amont était solide. C’est tout l’enjeu.
Pourquoi les lavages, et pourquoi une ACV
L’horlogerie se heurte à un déficit de données environnementales : les bases secondaires existantes ne représentent pas ses procédés avec une granularité suffisante. Pour combler ce vide, le consortium Watchmaking Ecodesign — co-dirigé par Earth Action et 109°, spécialiste de la conception du mouvement — a lancé ses premières analyses de cycle de vie sectorielles.
Les lavages se sont imposés comme premier sujet après une priorisation multicritères : hautement stratégique et immédiatement actionnable. Chaque pièce est lavée plusieurs fois au cours de sa fabrication (déshuilage, lavage intermédiaire, finition, service après-vente), sans que leur impact n’ait jamais été quantifié rigoureusement.
L’étude a porté sur 22 machines réparties sur 7 sites, appartenant à 5 Maisons horlogères et 1 sous-traitant actifs en Suisse, couvrant six types de machines. Les impacts ont été évalués selon la méthode EF 3.1 — soit 16 catégories d’impact, et non le seul CO₂. Là où un bilan carbone ne regarde qu’une dimension, l’ACV évalue l’ensemble : ressources, écotoxicité, eau, énergie.
Trois enseignements qui changent les arbitrages
Tous les lavages ne se valent pas. L’impact varie d’un facteur 4 entre types de machines, et jusqu’à un facteur 2 000 entre machines individuelles — l’écart entre une machine quasi à l’arrêt et une machine pleinement chargée. Le choix de la machine et sa manière de l’utiliser pèsent donc autant que les produits employés.
Le levier, c’est l’énergie, pas l’eau. L’essentiel de l’impact vient de la consommation électrique et de la production des solvants. L’eau consommée directement en atelier est secondaire : ce sont les procédés en amont et en aval qui dominent le calcul.
Une machine sous-utilisée pollue plus par kilo. Le taux d’utilisation est déterminant : les données font apparaître un optimum autour de 1 000 à 1 500 kg, au-delà duquel l’électricité prend le dessus, en deçà duquel les produits sont gaspillés. Les machines compactes, souvent associées à de faibles volumes, s’éloignent fréquemment de cette plage.
Au-delà des facteurs d’émissions, l’étude a produit des fiches d’éco-conception différenciées par type de machine, directement utilisables sur le terrain : maximiser le taux d’utilisation et couvrir les bains sur les lignes de lavage ; allonger la durée de vie des bains et fermer les circuits sur les machines compactes ; comparer production, consommation et dimensionnement à l’achat. C’est précisément l’outil que la Maison a transformé en décision.
La suite
Les lavages sont la première entrée d’une base de données vouée à couvrir progressivement les procédés et matières clés du secteur — acier et laiton, métaux précieux, saphir, traitements de surface. L’objectif ne change pas : donner à chaque Maison des données spécifiques pour piloter son éco-conception, arbitrer ses investissements et répondre aux exigences réglementaires avec des chiffres fiables.
C’est ainsi que nous concevons l’éco-conception chez Earth Action : un travail technique qui crée de la valeur et déclenche des décisions.
Nous nous réjouissons d’en construire d’autres avec vous.